« LA JUSTICE AVEC UN GRAND J ? »

« La justice avec un grand J ? » 

J’ai du mal à comprendre que l’on puisse considérer que « la justice avec un grand J » a été rendue aux personnes handicapées (dixit le Directeur Général de l’UNAPEI) aux termes de l’Ordonnance de référé du 7 octobre 2013 rendue par le Tribunal de Cergy Pontoise.

Si la décision a effectivement enjoint, sous astreinte, à l’Etat de trouver un établissement médico social susceptible d’accueillir la fille des requérants, comme ils le demandaient, il n’y a pas vraiment de quoi se réjouir.

En effet, ce sont des parents à bout après avoir assuré seuls sans accompagnement adapté, durant 9 mois, la prise en charge de leur fille handicapée, qui ont saisi la justice pour obtenir une place dans un établissement, persuadés qu’il n’y avait d’autre perspective pour elle que le milieu spécialisé.

Auraient-ils fait le même choix s’ils avaient pu bénéficier d’un soutien psychosocial, pédagogique et financier et de services de proximité, dignes de ce nom pour les aider ?

J’en doute.

Une fois de plus c’est la logique institutionnelle, soit celle de la mise à l’écart, de la prise en charge collective, dé-personnelle, rigide et paternaliste, qui l’emporte au mépris des droits fondamentaux les plus élémentaires de la personne handicapée (droit à l’autonomie de vie, à l’inclusion dans la société, à la dignité).

Plus grave encore, ce sont des droits fondamentaux (en l’occurrence le droit à la vie et le droit à mener une vie familiale normale) qui ont été invoqués pour nourrir cette logique, alors qu’ils devraient au contraire servir de fondement à une politique de désinstitutionnalisation, comme l’a notamment rappelé une recommandation du Conseil de l’Europe en date du 3 février 2010 s’agissant des enfants handicapés [1].

Non, décidément la justice n’a pas été rendue.

Elle le sera avec un GRAND J quand les personnes handicapées, tous handicaps confondus, seront incluses dans la société, auront le choix de leur mode de vie et ne seront plus envisagées comme des charges par leurs proches et la communauté.

 


[1] Recommandation CM/Rec (2010) 2 du Comité des Ministres aux Etats membres relative à la désinstitutionnalisation des enfants handicapés et leur vie au sein de la collectivité

 

 

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