QUAND ON EST CON, ON EST CON.

Difficile de trouver les mots et le ton justes pour parler de handicap.

Personnellement, j’avoue que je suis souvent déçue par les campagnes d’affichages ou les spots qui traitent du sujet pour « sensibiliser », comme on dit, ou « changer le regard » (expression très à la mode) que les personnes « valides » portent sur nous.

En général, je les trouve assez maladroits, simplistes, inutilement culpabilisants (ou déculpabilisants).

Ils tombent souvent dans l’écueil du misérabilisme ou celui de l’exemplarité. Ils ne sonnent pas justes, et ce, qu’ils proviennent des pouvoirs publics ou des associations « dites » de soutien ou de défense des personnes handicapées.

Il y a quelques années une campagne d’origine belge, qui avait été beaucoup saluée m’avait laissé totalement perplexe…

Celle-ci…

La première fois que j’ai vu ce spot, il m’a immédiatement déplut, sans que je sache vraiment pourquoi.

Plein de gens le trouvait formidable et je n’arrivais pas à partager leur enthousiasme. J’y ai longuement réfléchi et j’ai finalement compris.

Cette campagne se voulait différente. Why ? Parce qu’elle sortait du discours angélique sur les personnes handicapées. D’accord, mais quel était son but ? Quel est le message ?

En principe, le message principal était : les personnes handicapées sont des femmes et des hommes comme les autres.

Subsidiairement, comme ce sont des personnes comme les autres, elles peuvent avoir des idées de merde, c’est à dire, être raciste, xénophobe, sexiste, et j’en passe.

Le problème, c’est qu’à mon avis ce n’est pas du tout ce que l’on retient en le voyant.

Quand la voix off intervient, elle commence par dire « Cet homme est une personne handicapée… (gros silence) mais avant tout, cet homme est un con ». Puis elle conclu, « les personnes handicapées sont des femmes et des hommes comme les autres ».

Par conséquent, ce que l’on retient en réalité c’est d’abord : les personnes handicapées peuvent être des connes (ce qui n’a rien d’un scoop), parce que c’est le propos le plus fort, le plus violent et donc le plus frappant.

Le message principal, les personnes handicapées sont des personnes, passe inévitablement au second plan, alors qu’il était bien sûr, et de loin, le plus important.

En fait, on retient l’anecdote (le con) au détriment de l’essentiel (la personne qui mérite le respect), parce que le syllogisme est le suivant : la connerie est humaine. Les cons sont des personnes, c’est un con, donc c’est une personne.

Bilan : C’est la connerie qui humanise ! C’est la connerie qui rend à la personne handicapée son humanité ! Le dénominateur commun de l’humanité c’est la connerie.

Franchement, avait-on besoin d’en passer par là ? N’y avait-il pas plus simple et plus direct ?

Je trouve le raisonnement tordu et pervers et c’est d’autant plus triste que l’enjeu est de taille : favoriser le respect des droits et le respect tout court des personnes handicapés.

A l’heure actuelle, il y a suffisamment de gens qui nous manquent de respect, pour ne pas en plus (en prétendant vouloir nous aider et nous rendre notre humanité) avoir besoin d’un spot qui insinue qu’on peut être con et que donc, cela autorise ceux qui n’attendent que ça à nous mépriser.

Les personnes handicapées peuvent être connes, tout comme les personnes « valides », c’est évident et il n’y pas besoin d’un spot pour le dire.

Pour finir, j’ajouterais que, de surcroît, ce spot n’a rien d’innovant car la diabolisation des personnes handicapées n’est pas plus nouvelle que l’angélisme dont on fait preuve leur égard.

Le cinéma et la littérature sont truffés de « méchants » handicapés, qui sont méchants, sadiques et machiavéliques parce que handicapés (justement) et donc forcément malheureux et frustrés.

On ne s’en sortira pas, si on continue sur ces schémas là.

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