AUX MARCHES DE… LA POSTE

Ce mardi, j’ai décidé à la fin de ma journée de travail d’aller mettre dans le « papier d’allu »[1], timbrer et poster moi-même mon courrier du jour à la Poste la plus proche du cabinet, à savoir celle du Square Alban Satragne.

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Grand mal m’en a pris (pure folie !), puisqu’à cette occasion j’ai découvert que l’entrée de cette Poste est précédée de marches et que l’élévateur qui a été mis en place pour pallier à cette (petite) difficulté fonctionne avec une clef…

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Autrement dit, la procédure à suivre pour les personnes handicapées qui souhaitent accéder à l’immeuble de la Poste est la suivante :

1)   Trouver une personne « valide » (c’est à dire en capacité de monter un escalier) de bonne composition.

2) Lui demander aimablement de monter avertir un agent de la poste (qui se trouve à l’intérieur) qu’une personne handicapée a l’outrecuidance de vouloir utiliser l’élévateur prévu à cet effet pour accéder au bâtiment.

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3)   Attendre par tout les temps (qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige, sous un froid polaire ou en plein cagnard) le retour de votre sauveur et de l’agent de la Poste muni de LA CLEF nécessaire à l’utilisation de l’élévateur.

4)   Accéder à l’élévateur grâce à l’agent.

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5)   Attendre que l’agent [2] remonte à l’étage et active depuis l’étage les boutons de l’élévateur toujours grâce à LA CLEF (oui, car vous allez rire, même une fois monté dans l’élévateur, les boutons qui se trouvent à l’intérieur ne fonctionnent pas sans… THE KEY !)

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6)   Monter à l’étage avec l’élévateur (dont la vitesse doit avoisiner les 5 cm par heure. A déconseiller aux cardiaques, comme moi, qui frôle la crise dès qu’un truc « VA PAS ASSEZ VIIIIITE ! »)

Evidemment la même procédure en 6 étapes est applicable si l’on souhaite quitter les lieux (c’est ce que l’on appelle joliment « le parallélisme des formes »).

Au bout du compte, ce qui pourrait vous prendre 10 minutes, vous prendra 20, voir 40 minutes les jours de chance, si l’agent tarde à venir.

Pourquoi ? Parce que quelqu’un en haut lieu a décidé que l’élévateur ne serait pas en libre service et que son utilisation serait subordonnée à l’usage d’une clef, elle même détenue par une tierce personne.

En faisant cela, il a qui plus est tenu pour acquis que toutes les personnes handicapées se déplacent accompagnées (ce qui est faux) ou sont à même de solliciter l’aide d’un passant (encore plus faux) pour appeler l’agent détenteur de la clef.

Il a aussi considéré qu’il était normal que les usagers handicapés dépendent de cet agent (et d’un passant) pour accéder à la Poste. La Poste qui je le rappelle au passage est encore un service public…

Il s’agit malheureusement d’une pratique et d’un raisonnement des plus courants. En France, il est presque érigé au rang de principe.

Toutes les personnes handicapées qui me lisent (ou leurs proches) savent qu’on ne compte plus le nombre d’élévateur, ascenseur ou toilettes de bâtiment publics ou privés soumis à clefs, badges, codes, autorisation préalable, scanner digital etc.

Parfois, la simple identification du détenteur de la clef est un véritable casse tête pour le personnel sur place et donne lieu à des échanges ahurissants du type :

« – C’est toi qu’à la clef ?

– Bah, non, et toi ?

– Non, je crois que c’est Boris.

– Au fait, il est où Boris ?

– Attendez moi là, Mademoiselle, je reviens… »

Peut-on considérer dans ses conditions qu’il s’agit de bâtiments ou d’équipements accessibles ? Je ne le pense pas.

Le sens de l’accessibilité est de permettre aux personnes handicapées de circuler librement, sans entraves, en toute AU-TO-NO-MIE.

Par conséquent, restreindre l’accès à un ascenseur, à un élévateur ou à des toilettes réservées à des personnes handicapées, c’est tout simplement anéantir le bénéfice que les personnes handicapées peuvent tirer de ces équipements.

Quand comprendra t-on cela ?

Quand cessera t-on de se contenter de cette accessibilité au rabais qui nous maintiens dans la dépendance et complique notre quotidien au lieu de nous rendre la liberté de circulation à laquelle nous aspirons ?

Que faire devant tant d’aberration ?

Ce sont les questions existentielles que je me pose chaque fois que je suis confrontée à ce genre de situation.

Tentative de réponses, peut être, au prochain épisode…


[2] Tout comme le dessinateur BOULET (http://www.bouletcorp.com) dont je suis fan, vous noterez mon souci de l’anonymat : le visage de l’agent présent ce jour là ayant été habilement caché afin de préserver sa vie privée.

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