« MON PARTENAIRE PARTICULIER » : IL ETAIT UNE FOIS UN CONTE CREUX ET SUCRE

Le 1ère avril dernier, M6 a lancé sa première émission consacrée à la quête amoureuse de personnes handicapées.

Selon la chaîne, l’objectif était de suivre des personnes handicapées dans leurs démarches pour trouver l’amour :

« C’est un documentaire sur des célibataires en situation de handicap qui cherchent l’amour comme vous et moi », « ce n’est pas une émission sur le handicap » a souligné la réalisatrice.

A la lecture de cette présentation, une question fondamentale se pose : s’il s’agissait, comme le soutien M6, d’illustrer « l’universalité » de la quête de amoureuse, pourquoi ne pas avoir inclus ces célibataires à une émission de « dating » déjà existante de la chaine ?

Pourquoi leur avoir consacré une émission spéciale, si ce n’est en raison de leur handicap ?

Soyons franc, le handicap est bien l’élément central du programme, qui n’aurait d’ailleurs rien de nouveau sans lui.

Le visionnage de l’émission le confirme : le handicap de chaque participant est lourdement rappelé à chaque fois que le récit revient sur lui.

Les propos de l’un des protagonistes ont même été sous-titrés alors que l’on comprenait parfaitement ce qu’il disait, pour rendre plus visible un handicap qui ne l’était manifestement pas assez.

De plus, tout au long de l’émission, le manque de confiance, les complexes et la peur que les participants nourrissent face à leur vie amoureuse, du fait de leur handicap, sont omniprésents.

Ils constituent le principal ressort dramatique de l’émission dont le point d’orgue de chaque épisode est la première rencontre avec un prétendant(e).

Jamais, cependant, les doutes et les appréhensions exprimées ne sont analysés et replacés dans le contexte qui les a fait naître, à savoir une société normalisante, obsédée par la perfection physique, dans laquelle les personnes handicapées sont encore souvent marginalisées.

Ce choix a pour conséquence que le spectateur est invité à considérer comme acquis qu’il est logique pour une personne handicapée de se considérer comme moins désirable que les autres et de s’envisager comme un partenaire « particulier », et non un partenaire ordinaire, à part entière.

Les causes de l’image dégradée que les personnes handicapées peuvent avoir d’elles mêmes étant occultées, les préjugés sont comme toujours alimentés au lieu d’être déconstruits.

Dans les interviews accordées avant le lancement de l’émission, la production s’est targuée d’avoir obtenu l’aval des associations de personnes handicapées (apparemment érigées en caution morale, voir autorités de censure) et Michèle Laroque, en qualité de voix off, a beaucoup insisté sur « la pudeur » qui caractériserait selon elle la série.

Or, pour ma part, j’ai plutôt eu l’impression que pour ne pas être taxée de voyeurisme, M6 a pris le parti de la mièvrerie, corolaire classique d’une certaine forme de misérabilisme.

En effet, ce qui apparaît de loin le plus frappant dans l’émission est le caractère doucereux, affecté et terriblement infantilisant du commentaire (sur fond de xylophone rayé) qui fait le récit des évènements comme s’il s’agissant d’un conte pour enfants.

Pour bon nombre de participants, on à peine à croire qu’il s’agit d’adultes, évoquant un problème d’adulte (la recherche d’un partenaire amoureux) pour un public adulte, tant la tendresse de la narration est pesante et surjouée.

L’infantilisation des personnes handicapées n’est pas nouvelle, surtout lorsqu’il s’agit de parler de leur vie affective.

En l’occurrence, dans cette émission, elle a permis à M6 de d’aborder notre vie affective tout en l’édulcorant notamment dans ce qu’elle peut avoir d’adulte, de responsabilisant et donc de dérangeant aux yeux de certains (la sexualité, la parentalité – des sujets passés sous silence ou à peine effleurés par l’émission).

Les réactions de ceux qui ont appréciés le programme sont particulièrement significatives à cet égard, puisque la plupart ont évoqué sur twitter leur « émotion » et leur « attendrissement » devant « la douceur », et même « la pureté », qui s’en est dégagé…

Cela étant dit, en dehors des adeptes inconditionnels des bisounoursseries, le résultat incroyablement insipide n’a semble t-il pas emballé beaucoup de téléspectateurs.

Du fait des audiences cataclysmiques, M6 irait jusqu’à songer à déprogrammer l’émission.

Si cela venait à arriver, je n’irais pas m’en offusquer.

J’attends néanmoins avec impatience un documentaire de qualité sur ce sujet important qui mériterait d’être traité de façon bien plus approfondie, réaliste et honnête.

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Sources : 

http://www.m6.fr/documentaire-mon_partenaire_particulier/concept.html

http://www.elle.fr/Love-Sexe/Celibataires/Articles/Mon-partenaire-particulier-quand-l-amour-est-plus-fort-que-le-handicap-2938258

http://www.lexpress.fr/actualite/medias/audiovisuel/mon-partenaire-particulier-m6-a-suivi-des-handicapes-qui-cherchent-l-amour_1651259.html

http://www.nouveautes-tele.com/5792-candidats-mon-partenaire-particulier-m6-qui-sont-ils.html

http://www.rtl.fr/culture/arts-spectacles/mon-partenaire-particulier-seduit-la-toile-7777206065

http://tvmag.lefigaro.fr/le-scan-tele/audiences-tv/2015/04/02/28004-20150402ARTFIG00124–mon-partenaire-particulier-vers-une-deprogrammation.php

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