PAS ASSEZ DE BONTE ET DE MOTIVATION POUR LAISSER PASSER CES PROPOS LA

« Il faut beaucoup de bonté parce que vous vous êtes jeune et belle mais tous les autres personnages handicapés du film ne le sont pas forcément et il faut quand même beaucoup de motivation pour faire l’amour à ces gens-là »

Voici la phrase prononcée, le 17 mars 2015, par le présentateur du journal Le Grand Soir 3, de France 3, lors d’une interview de l’actrice du film Indésirables qui porte sur l’assistance sexuelle.

Ces propos tenus durant le journal national d’une chaine publique n’ont rien d’anodins et ne sauraient être assimilés à une simple maladresse.

Ils ont heurté certains d’entre nous, mais nombreux (handicapés ou non) sont encore ceux qui ne saisissent pas ou minorent la gravité de leur portée, c’est la raison pour laquelle je souhaite y revenir.

Ce qui est frappant dans la phrase incriminée et plus particulièrement dans sa dernière partie « il faut quand même beaucoup de motivation pour faire l’amour à ces gens-là », c’est que le journaliste qui la prononce ne prend aucune distance avec son propos.

Loin de l’introduire par une tournure prudente qui aurait permis de le relativiser, telle que « certaines personnes pensent/imaginent que » ou « pourraient penser que », ce présentateur se contente d’exprimer avec un naturel déconcertant, ce qui n’est rien d’autre que son opinion.

Une opinion qu’il ne va pas jusqu’à assumer pleinement en utilisant le pronom « je », mais à laquelle il donne une légitimité certaine en s’effaçant opportunément derrière le non identifiable et indéfinissable « il ».

Or, cette opinion aussi répandue soit-elle n’est ni plus ni moins qu’un préjugé : il faut beaucoup de motivation pour faire l’amour à des personnes handicapées (désignés de surcroît par l’expression condescendante « ces gens là » – Comprenez ces gens qui ne sont pas comme moi).

Ce préjugé est par ailleurs profondément dénigrant puisqu’il induit que les personnes handicapées seraient repoussantes au point qu’il ne serait pas concevable qu’une personne non handicapée puisse faire l’amour avec elles par désir, mais seulement par contrainte ou dévouement.

A travers lui s’exprime de façon décomplexée tout le dégoût que certaines personnes dites « valides » peuvent nourrir à l’égard de nos corps et de notre sexualité.

Ces propos ont pour conséquence directe de blesser et d’humilier les personnes concernées, d’alimenter les représentations négatives du handicap, que certaines personnes handicapées ont même intériorisées, et d’engendrer finalement leur rejet de la société.

Ils sont donc parfaitement inacceptables et devraient susciter la même indignation que tout propos racistes, antisémites, xénophobes, sexistes, homo-transphobes et d’une façon plus générale stigmatisant un groupe social quel qu’il soit.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ils ne sont pas aussi rares que l’on pourrait le croire et se glissent fréquemment dans les articles et sujets consacrés au handicap[1].

Nous ne sommes pas obligés de les laisser passer.

Nous sommes plusieurs à avoir d’ores et déjà alerté le CSA.

Si vous souhaitez également lui fait part de votre indignation, voici le lien vers son formulaire de signalement :

http://www.csa.fr/Services-en-ligne/Formulaire-pour-signaler-un-programme

[1] Et même lorsque le sujet est sans rapport direct avec le handicap mais concerne des personnes handicapées. Pas plus tard que récemment, un humoriste se croyant drôle… http://www.leparisien.fr/actualite-people-medias/video-la-boulette-d-elie-semoun-sur-les-trisomiques-12-05-2015-4765725.php

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