EST-CE QUE TU VIENS POUR LES VACANCES ?

Ce qu’il y a de totalement fascinant avec une association telle que l’Association des Paralysées de France (APF), c’est qu’à chaque fois qu’elle se lance dans une opération de com’, elle trouve le moyen de surfer sur les préjugés attachés au handicap au lieu de les combattre.

Inévitablement, et quel que soit le sujet, ses choix trahissent son approche terriblement surannée et validiste du handicap, comme la logique essentiellement caritative qui guide son action.

Prenons (au hasard) un sujet de saison, les vacances.

Parmi les multiples services qu’elle propose, l’APF dispose d’un service de vacances en groupe pour les personnes handicapées dénommé « APF Evasion ».

Dans ce cadre, elle recrute chaque année des bénévoles chargés d’accompagner les vacanciers durant ces séjours organisés.

Pour trouver des volontaires, elle a eu la brillante idée de lancer une campagne d’affichage au slogan choc :

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« Mes vacances sont plus fortes que les tiennes… J’accompagne bénévolement des personnes handicapées en vacances ».

Et toc ! Na-na-na-na-nèèèère !

Dans cette délicate affiche[1], vous remarquerez que ce ne sont pas les droits des personnes handicapées qui sont évoqués, ni les multiples entraves qui pourraient exister à l’organisation de leurs vacances, ni même la qualité éventuelle des vacances organisées par l’Association.

Ce n’est même pas une personne handicapée qui s’exprime pour faire état de difficultés car ce serait évidemment un choix misérabiliste très maladroit.

Non, c’est une personne « valide » qui déclare modestement qu’en faisant du bénévolat pour des personnes handicapées, « elle passe des vacances plus fortes », c’est à dire « meilleures » et pleines de sens, contrairement à celle qui ne fait pas de bénévolat, et qui, au passage, est mise à l’index, taxée d’égoïsme et culpabilisée (mais rassurez vous, elle sera bien punie avec ses vacances pourries).

Et pourquoi le bénévole de l’APF passe des vacances « plus fortes » ? Parce que durant ces séjours, il fait forcément une bonne action. Sa B.A de l’année même ! Celle qui compte double, voir triple, et qui pourrait même le propulser direct au paradis le jour J.

Comme chacun sait, les personnes handicapée n’ont besoin que de cela : de « bonnes actions » provenant d’âmes dévouées et charitables, et surtout pas d’un système d’aide humaine efficace, de l’accessibilité des transports et lieux de villégiature, ou de ressources financières suffisantes pour partir librement en vacances sans forcément passer par une association spécialisée et avoir recours à des bénévoles.

De plus, via cette campagne qui concerne en premier lieu les personnes handicapées, ce sont une fois de plus les personnes « valides » qui sont mises en avant, et qui se retrouvent valorisées par le truchement de l’aide qu’elles peuvent apporter aux personnes handicapées.

Ces dernières pourraient même être remplacées par un autre groupe socialement marginalisé sans qu’il y ait à changer quoi que ce soit au message (même si… il faut bien l’admettre, nous sommes quand même un groupe assez pratique – car plus consensuel tu meurs ! – lorsqu’il s’agit d’actions caritatives).

Au final, nous ne saurons pas si les personnes handicapées qui partiront « grâce » à l’APF auront des vacances aussi « fortes » que les bénévoles qui les accompagnent. Nous l’espérons bien sûr, mais il est quand même permis d’en douter compte-tenu des arguments utilisés pour les recruter.

[1] Une affiche que mon amie Elena CHAMORRO a découvert placardé dans l’Université où elle enseigne et m’a signalé, consternée.

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