ECOUTE LES FEMMES ET #ParleATesPorcs DE POTES

J’ai encore lu un super texte sur le blog féministe Crêpe Georgette qui par la force des choses carbure en ce moment.

La phrase suivante a particulièrement attiré mon attention :

« Le potentiel d’étonnement de certains hommes est attendrissant ; on dirait des enfants la veille de Noël. « Comment, mais vous viviez tout cela ? Mais il fallait en parler » disent-ils aux victimes qui se sentent donc coupables dans la demie seconde de ne pas leur avoir parlé avant. Nous avons encore le doux espoir que la plupart des hommes n’en ont pas complètement rien à foutre de ce que nous vivons, qu’ils ne savent réellement pas et que s’ils savaient, ils agiraient. »

Il est vrai que le faible taux de remise en question des hommes sur ces questions est fascinant.

Si on ne parle que des mots et même pas de passage à l’acte, pour avoir passé – trop – de temps à trainer avec des mecs, je n’ai jamais entendu l’un d’entre eux dire à un de leur « porc » de pote quand il faisait une plaisanterie ou une remarque dégueulasse envers les femmes : « arrête, ce que tu dis est ignoble et profondément irrespectueux. »

Jamais.

Par contre, je les ai entendus rigoler honteusement de l’audace de leur pote parce qu’ils ne seraient eux-mêmes pas capables de faire la blague en public ou en privé, mais la trouvent très drôle et partagent l’analyse (aussi limitée soit-elle).

Je les ai entendus dire : « ne dit pas ça devant les filles » sous-entendu, ça se passe entre porcs, pardon entre couilles, mais il ne faut pas que les femmes le sachent, devant elles il faut faire semblant d’être un mec bien – abruti ! -.

Mais on est déjà au courant figurez-vous que beaucoup d’entre vous font semblant [1]. Le problème n’est pas de se planquer mais de ne pas vous rendre compte de la violence de ce que vous dites.

Je les ai entendus dire : « ne dis pas ça devant CETTE fille » (par exemple moi) pour ne pas heurter mes chastes oreilles (LOL) ou plus prosaïquement pour rester mes amis, les moins cons du lot ayant compris à mon regard empli de mépris et de déception qu’ils étaient en train de se griller de façon irrémédiable devant moi.

Mais je ne les ai jamais entendus condamner fermement leur pote et le propos en cause, argumenter pour essayer de lui faire comprendre ce qui déconne dans le raisonnement de leur ami.

Et je ne parle même pas de ce qui se passe quand on a le malheur de dire ce que l’on pense de la blague. On a un groupe de mecs qui t’expliquent que c’est une blaaaaague ! Evidemment qu’ils ne le pensent pas enfin !

En général, s’il y a un mec hétéro dans l’assistance qui n’approuve pas il est facile à repérer : c’est celui qui depuis le début ferme – courageusement – sa gueule pour ne pas passer auprès des autres pour un naze qui ne comprend pas les blagues de cul. L’égo d’un homme est si délicat, que peut-il lui arriver de pire que d’être incompris par ses homologues masculins [2] ?

Puisque depuis quelques jours tant d’hommes semblent interloqués par l’actualité et se demandent avec toute la bonne foi du monde et la main sur le cœur : mais « pourquoi les femmes ne parlent pas ? », « pourquoi est-ce que celles de mon entourage ne m’ont jamais prévenu de l’ampleur du phénomène ? »

J’ai envie de poser à ces mêmes hommes la question suivante : pensez-vous être le genre d’homme à qui on peut parler et confier ce genre de chose ?

Est-ce que vous ne seriez pas plutôt de ceux qui font ou rigolent aux blagues de merde, de ceux qui tiennent des propos sexistes qu’ils soient « bienveillants », simplement dénigrants ou carrément violents ? De ceux qui pensent que certains dragueurs sont lourds voilà tout [3] ? (« Non mais quel lourdingue ce Jean-Mi c’est vrai, mais faut le comprendre aussi le pauvre… ») De ceux qui ne parlent jamais d’une femme sans commenter son physique, son âge (tellement important son âge pour évaluer le degré de fraicheur), sa tenue, et qui les objectivisent constamment ? De ceux qui minimisent toujours ce genre d’acte, qui ont dû mal à croire à la moindre accusation de ce genre, qui crient à la présomption d’innocence lorsque l’un de vos congénères est visé, alors que le verdict ne fait pas un pli lorsqu’il s’agit des femmes que l’on accuse d’être des « salopes » bien que le concept soit lui-même absurde [4] ? De ceux qui écoutent à peine et dégainent direct leurs fabuleuses solutions : option légale « faut porter plainte tout de suite ! », option illégale « je vais lui casser le gueule ! »

Est-ce que vous pensez vraiment que l’on a envie de se confier aux hommes que vous êtes lorsque l’on vous entend parler et plaisanter ? Posez-vous la question juste une fois dans votre vie, vous trouverez la réponse : NON.

Est-ce que vous pensez que les femmes sont stupides au point de ne pas ne pas savoir que l’on vit dans un monde où il n’y a qu’elles, en réalité, qui se retrouvent à devoir payer socialement la révélation de ce genre de faits de harcèlement et de violence sexuelle ?

Pensez-vous que l’on ne sache pas aussi que dans le piteux imaginaire de beaucoup d’entre vous une femme « abimée » par le comportement d’un ou plusieurs autres types perd de la valeur à vos yeux ? Oui, parce que le comble c’est que nous, les femmes, sommes les seules avilies par ces violences tandis que les hommes, qui en sont les auteurs, ne le sont pas.

Dans ces conditions, vous comprendrez qu’il faut vraiment y réfléchir à cinq fois avant de raconter un truc pareil même au meilleur des compagnons, amis ou pères.

Ceux qui s’imaginent avoir un entourage féminin qui aurait miraculeusement été « préservé » parce qu’ils ne les ont jamais eu écho de semblables exactions m’estomaquent plus que les autres.

Il suffit de s’intéresser aux chiffres pour comprendre que cela est mathématiquement improbable.

La vérité c’est que vous en avez déjà entendu parler et n’avez pas écouté. Vous n’avez pas écouté parce que vous ne voulez pas savoir, cela vous obligerait à interroger votre propre comportement et celui de tous les hommes que vous connaissez (ça fait du monde et c’est pénible).

Les femmes qui vous sont proches ont compris que ce sujet ne pouvait pas être abordé avec vous et ont arrêté d’essayer.

Votre fausse naïveté donne la rage et ce qu’il y a de positif dans les initiatives #BalanceTonPorc et #MeToo c’est qu’elles réduiront peut-être un peu votre possibilité de jouer les benêts et de trouver des excuses à votre inaction.

Pour finir, je rappellerai comme je l’ai fait sur twitter que le nombre de « porcs » que les filles/femmes handicapées sont amenées à croiser dans leur vie est lui aussi conséquent. La dévalorisation et l’ostracisation dont elles font l’objet autorisent et facilitent tous les abus.

Il n’a pas fallu longtemps pour qu’après mon tweet à ce sujet un winner de la blague se manifeste [5] (avec ses acolytes qui sont venus m’expliquer l’humour, bien sûr).

Cette semaine, j’ai essayé sur mon compte de relayer, dans la mesure du possible, tous les témoignages sous le hashtag #MeToo de femmes handicapées que j’ai vus passer.

Je sais à quel point elles sont concernées par les agressions et violences sexuelles, et combien leur parole est rare.

 

[1] Certains mériteraient vraiment un prix d’interprétation pour leur rôle de composition tout en finesse. On y croirait presque.

[2] Qu’une femme se moque d’eux, c’est vrai, j’oubliais. « Les hommes ont peur que les femmes se moquent d’eux. Les femmes ont peur que les hommes les tuent. » Margaret Atwood.

[3] Incise : si c’est lourd ce n’est déjà plus de la drague. Draguer c’est proposer en ayant conscience et en admettant que la proposition puisse être déclinée. Un peu comme quand on engage une procédure judiciaire, j’ai envie de dire : si vous voulez gagner, il faut être prêt à perdre. Ce qui est condamné ici ce sont les hommes qui imposent et qui disposent, pas ceux qui proposent dans un cadre approprié et comprennent ce que « non » signifie.

[4] Je ne tiens même pas compte de l’hypothèse où vous seriez vous même un « porc » auquel cas, rassurez vous, vous n’entendrez quasiment pas parler du problème. Personne n’osera vous importunez avec ça voyons, car personne ne veut être le premier à prendre la responsabilité de vous faire remarquer que le problème c’est… vous.

[5] A mourir de rire quand on sait à quel point il est difficile de déceler les abus dont ont pu être victimes les filles/femmes handicapées qui ne communiquent pas verbalement et l’impunité dont bénéficient ceux qui les commettent, surtout lorsqu’ils ont lieu en institutions.

Publicités