« FAIRE LE PRESENT » SANS LES PERSONNES HANDICAPEES

Quel beau programme que celui de ce soir prévu au Carreau du temple, Monsieur Geoffroy de Lagasnerie ! Plutôt complet. J’ai presque espéré, mais non…

Sur fond de photo N&B de pavés, il est écrit en lettres blanches sur carreaux rouges « Faire de Présent - Geoffroy de Lagasnerie – Mai 2018 » Mercredi 23 mai, entrée libre, 14h à 22h, avec une liste des gens qui seront présents.

Il faut se rendre à l’évidence : pas une minute, pas une seconde – pas une seule – consacrée au handicap.

Extrait du programme avec sujets et noms des intervenants. 14h-16h15, sujets : Lancer des alertes, Evasion fiscale. Secret. Banque / Capitalisme, Classe, Précarité, Syndicalisme / Hôpital, Accès aux soins, Conditions de travail, Ephad. Extrait du programme avec sujets et noms des intervenants. 16h30-19h30, sujets : Quartiers populaires, Ségrégation urbaine, Politique Locale / Nouvelles formes de mobilisations, Cortège de tête, Autonomie / Internet, Vie privée, Terrorisme, Etat, Surveillance / Action Directe, Libération animale, Antispécisme.

Extrait du programme avec sujets et noms des intervenants. 19h45-22h00, sujets : Migrants, Réfugiés, Accueil, Expulsions / Police, Justice, Adama Traore, Pouvoir colonial, Gauche / Répression, Prison, Antifascisme, Se souvenir, Continuer.

« Faire le présent » sans les personnes handicapées » qui ne font pas partie des « terrains » ou des « luttes contemporaines » identifiés (du moins en France) visiblement…

Texte de présentation de l’événement : « En ce moment, des luttes surgissent partout, des lignes de fractures apparaissent, des acteurs inventent des modes d'action et font émerger des sujets de contestation... (…) L'enjeu de cette journée est de proposer un état général des mobilisations contemporaines afin de dégager les fronts qui s'ouvrent et les manières possibles de résister et de transformer le présent. »

Quelques données : les personnes handicapées sont estimées à 12 millions en France. Un ordre de grandeur faute de statistiques précises dans ce domaine.

Le handicap constitue pour 2017, le premier motif de discrimination invoqué devant le Défenseur des Droits.

Les personnes handicapées qui ne travaillent pas et ne reçoivent que l’Allocation Adulte handicapé vivent en dessous du seuil de pauvreté. Le taux de chômage de celles qui recherchent un emploi est deux fois plus important que celui des personnes valides.

L’accessibilité avance difficilement quand elle ne régresse pas. Beaucoup de personnes handicapées n’ont pas le choix de leur lieu de vie, de travail, de leur mode de scolarisation car elles sont en Institutions.

Celles qui ne le sont pas, doivent composer avec des aides humaines et techniques généralement inférieures à la réalité de leurs besoins. Concrètement, cela se traduit pas l’impossibilité de se lever, de se laver, d’aller aux toilettes, de sortir de chez elles quand elles le souhaitent.

Je viens de terminer le dernier livre de votre ami, je crois, Edouard Louis et la phrase qui souligne que pour les dominés la politique c’est « vivre ou mourir » m’est restée en mémoire. Elle est belle. Elle est juste.

Sachez qu’aujourd’hui, en France, les personnes handicapées se meurent des politiques hypocrites soi disant menées dans leur intérêt mais qui piétinent en réalité leurs droits fondamentaux, les maintiennent dans une situation intolérable de précarité et de dépendance organisée.

MAIS, elles se meurent AUSSI du désintérêt de la gauche pour la question du handicap.

Elles se meurent de son incapacité à « penser » le handicap sous l’angle de l’oppression et comme une lutte d’émancipation.

Il est temps que la gauche prenne conscience du caractère critique de la situation et du recul qu’elle doit prendre face au discours biaisé du secteur médico-social et des associations gestionnaires.

Les intérêts des personnes handicapées ne se confondent pas toujours avec ceux de l’hôpital et « des structures de soins » mentionnés dans votre programme.

Je ne vous écris pas ces lignes de gaité de cœur. Il est usant de « jouer le mauvais rôle. » Celui de la critique, du mécontentement. Il est pénible et même douloureux de devoir « se rappeler » à ceux qui sont en principe dans notre camp politique, ceux qui devraient être nos alliés « naturels », logiques et inconditionnels.

L’absence que je relève dans votre programme concernant le handicap ne serait pas si grave si elle n’était pas récurrente, permanente, constante à gauche, dans tous ses espaces des réflexions.

Je vous propose un peu de lecture pour vous aider à penser « l’état général des mobilisations contemporaines » en incluant le combat des personnes handicapées et « transformer le présent » qui pour le moment se joue, une fois de plus, sans nous.

http://clhee.org/2016/04/12/manifeste/

http://www.liberation.fr/apps/2017/03/handicap-ces-militants-qui-cassent-les-codes/#chapitre-1

 

NB : ce petit texte à d’abord été publié hier, 22 mai 2018, sous forme de thread (plein de coquilles) sur mon compte twitter.

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