LA (DES)INSTITUTIONNALISATION OU LES LIMITES DE LA GAUCHE

Je viens de prendre connaissance avec intérêt du contenu des amendements présentés par Monsieur François Ruffin, député de la France insoumise, qui depuis le 11 octobre défraye la chronique et fait souffler un vent de panique chez les députés d’En Marche et chez Madame Sophie Cluzel[1].

Capture du tweet : #Handicap Clash "Ne me parlez pas de @Francois_Ruffin je suis très en colère contre lui! (...) Le handicap ce n'est pas du cinéma, c'est sérieux" @s_cluzel sec. d'Etat chargée des personnes handicapées #BourdinDirect

Tweet (très rigolo que m’a signalé Mathieu Mienné) de @RMCInfo du 14 octobre 2018

A la lecture du dernier de ces amendements[2], sans partager aucune des positions de Madame Cluzel, je ne peux malheureusement rester silencieuse…

Dernier amendement : Pour une inclusion sur mesure - Par cet amendement nous voulons rappeler que l’inclusion de l’enfant, si elle produit le plus souvent des effets positifs, ne doit pas toujours être obligatoire et se faire au détriment d’institutions extérieures comme les Instituts médico-educatifs (IME).

Ce que François Ruffin avec la France Insoumise appellent « inclusion sur mesure » est tout simplement contraire à l’article 19 de la Convention de l’ONU relatives aux droits des personnes handicapées et à la recommandation du Conseil de l’Europe en date du 3 février 2010 relative aux enfants handicapés.

Rappelons que l’observation générale n°5 du Comité des droits des personnes handicapées des Nations-Unies, sur l’autonomie de vie et l’inclusion dans la société du 27 octobre 2017, mentionne dans son grand II, A, point 16, c) (et ouais…) :

« L’autonomie de vie et l’inclusion dans la société supposent un cadre excluant toute forme d’institutionnalisation. »

Cette observation générale, qui vient expliciter l’article 19 de la Convention de l’ONU concernant l’exercice du droit de vivre de façon autonome, est très claire sur le fait que ce droit implique la désinstitutionnalisation.

La recommandation du Conseil de l’Europe précitée, qui concerne plus spécifiquement les enfants handicapés, est également limpide quant à la désinstitutionnalisation.

Elle est d’ailleurs intitulée (parfois la vie est bien faite) « Recommandation relative à la désinstitutionnalisation des enfants handicapés et leur vie au sein de la collectivité » et elle fait évidemment référence à la Convention de l’ONU sur laquelle elle s’appuie.

Tant que la gauche continuera à nier les engagements internationaux de la France en matière de DESINSTITUTIONNALISATION[3], sous la pression des associations gestionnaires et des professionnels du médico-social, nous viendrons lui rappeler les textes.

Pour ma part, je maintiens, qui plus est, que sa pensée politique dans ce cas ne peut prétendre être cohérente et articulée concernant le handicap.

A la décharge de la France Insoumise, à ma connaissance aucun parti de gauche existant n’a adopté une position claire et ferme concernant la désinstitutionnalisation, or il serait grand temps de le faire.

C’est un sujet crucial et central.

Arrêtez d’entretenir le mythe selon lequel inclusion et institutionnalisation peuvent fonctionner ensemble[4] et tirez, une bonne fois pour toutes, les conséquences qui s’imposent des engagements pris par la France.

Soyez (un minimum) de gauche !

 

 

 

[1] Des barres de rires devant leurs justifications alors qu’ils sont en train de détériorer la situation des personnes handicapées comme jamais.

[2] Ces amendements concernaient une proposition de loi visant à améliorer le statut des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) (qui en effet nécessite d’être amélioré).

[3] Je l’écris en capitales. Sait-on jamais, ça pourrait finir par… RENTRER !

[4] C’est ce que la France prétend depuis au moins 1975 et il a été démontré que cela ne fonctionne pas.

 

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