#LâcheMonFauteuil

Juste quelques mots sur le thread de ce week-end de @VivreAvec_ concernant les poignées à piques récemment installées sur son fauteuil roulant manuel.

Je n’en suis pas encore arrivée à ce stade mais je comprends ses motivations qui sont parfaitement détaillées dans ses tweets.

Les poignées sont super classe comme vous pourrez en juger vous-même et annoncent bien la couleur. Elles sont fabriquées par @JohnLZHC.

Photo tiré du compte twitter de @VivreAvec_ : poignées de fauteuil ornnées de piques en plastique. Elles sont grises avec des paillettes et amovibles. Photo @VivreAvec_

Elles me rappellent qu’il y a quelques années j’avais vu passer un billet de blog sur ce sujet épineux : la façon dont les gens et notamment les inconnus se comportent quand ils voient un fauteuil roulant.

Il s’intitule « Les inconnus et mon fauteuil : quand je déteste les gens » et en voici un extrait :

« Il y a une chose que je déteste par dessus tout, et je ne pense pas être la seule dans ce cas, c’est lorsque quelqu’un que je ne connais pas prend en mains mon fauteuil. Albert, que je le veuille ou non, est une partie de moi : sans lui je ne vis pas. Il est mes jambes. Le toucher revient à me toucher. Et comme tout un chacun, moi aussi j’ai besoin d’un espace vital. Alors il faut arrêter de s’appuyer sur les fauteuils des personnes que vous ne connaissez pas, et il faut arrêter de se mettre à nous pousser sans nous demander avant si réellement on en a la nécessité. »

« Nous dépendons de notre fauteuil. Le prendre en main sans nous en laisser le choix, c’est nous faire perdre le contrôle, nous priver d’une liberté primaire. »

J’ajouterais parmi les règles de base :

– Mon fauteuil n’est pas un porte manteau ;

– Mon fauteuil n’est pas un accoudoir ;

– Mon fauteuil n’est pas un repose pied ;

– Mon fauteuil n’est pas un caddie ;

– Mon fauteuil n’est pas un jouet. Il est à moi, pas à toi.

– Tu ne « l’essaies » pas.

– Tu évites de me donner ton avis dessus ou de me demander pourquoi je n’ai pas de fauteuil électrique. Tu ne m’apprends pas l’existence du fauteuil électrique, ni la possibilité de faire du deux roues ou de choisir une autre couleur. Je suis en fauteuil depuis que j’ai 3 ans à peu près…

– Tu ne fais pas un rallye, une course de F1 ou un safari avec (ça c’est souvent les mecs, mais pas que… Ceux qui ne comprennent pas me poussent une fois, pas deux).

Me pousser est un honneur et un privilège [1]. Tu es l’élu.e par moi, pas l’inverse, donc, si tu n’écoutes pas les consignes, bye.

Surtout que les consignes en question ne sont pas destinées à te saouler (et non, j’aimerais mais non). Elles sont destinées à assurer ma sécurité. Si tu n’es pas capable de comprendre ça… je crains que nous n’ayons rien à faire ensemble.

Par contre, je note un truc assez intéressant quand une personne me pousse pour la première fois (mais nous devons être un paquet dans ce cas). Ses gestes me donnent des informations intéressantes sur sa personnalité.

Je sens si elle a peur, si elle tremble, si elle doute. J’ai, en quelques minutes, une idée de son degré de confiance en elle en certaines circonstances (face à une situation inconnue par exemple). Je perçois aussi si c’est une personne appliquée, consciencieuse ou distraite, voir négligente. Quelqu’un qui m’écoute pour de vrai ou qui fait semblant depuis le début (tu es grillé.e !) J’observe sa capacité à suivre des consignes et à prendre des initiatives heureuses (ou moins heureuses) par la même occasion. Des éléments utiles pour la suite… mais, restez calme, ce n’est pas de la psychanalyse. C’est très empirique et subjectif.

De mon côté, je dois aussi essayer de m’adapter. Me montrer très directive avec certains, être honnête sur mes craintes avec d’autres ou au contraire, si ce n’est pas possible, prendre sur moi pour ne pas les angoisser davantage.

Alors, par contre, chacun son truc mais le mien de fauteuil n’a pas de prénom.

C’est un objet, je ne dirais pas que ce sont mes jambes non plus. Mes jambes elles sont posées dessus et l’être humain c’est moi.

Le plus important en cas d’incendie ou d’urgence absolue c’est… toujours moi. Si mon fauteuil doit vraiment rester en rade et cramer, je serais dans la panade mais c’est la vie. Il pourra à priori être remplacé.

 

NOTES

[1] Je rigole off course. En réalité, c’est plus une preuve de confiance. Parfois, quand je suis à l’extérieur avec un groupe de personnes valides que je ne connais pas, je dois évaluer à la vitesse de la lumière quelle est la personne la plus fiable et à même de me pousser (idem dans les cas où il faut me porter, où m’aider à aller aux toilettes, toutes ces joyeusetés que je n’apprécie pas des masses). Je me fie à mon intuition et quand je me trompe, dites-vous bien que si c’est pénible pour vous, ça l’est encore plus pour moi. Être poussée par quelqu’un qui n’en a pas envie, qui se croit à Lourdes et/ou qui fait n’importe quoi : c’est horrible.

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